Au printemps, jeune et insouciante, j'étais fière de ma beauté et de tous les émois qu'elle suscitait. Tous les insectes du jardin recherchaient mes faveurs.

Et moi, jeune écervellée, j'aguichais et me trémoussais avec nombre d'insectes qui me visitaient..

La fête fut brève, mon éclat a termis, mes pétales sont tombés et je suis restée seule avec mes regrets. Que vais-je devenir ?

Et bien moi, c'est tout pareil, et en plus, j'ai attrapé des maladies !

Protègez-vous, les filles, protègez-vous !
Et voici maintenant nos trois finalistes du concours du plus beau bébé de l'Est du jardin [APPLAUDISSEZ].
Mais avant, hors concours, voici les fleurs siamoises qui attendent avec impatiente le coup de sécateur du chirurgien-jardinier qui les séparera. De bien belles plantes [RIEZ].

Et maintenant, place aux candidats [APPLAUDISSEZ].
Notre premier candidat est une candidate. [RIEZ]. Issue d'une grande famille Coléo, soyer sûrs que cette enfant à l'éducation irréprochable atteindra des sommets. Applaudissez ce bébé promis à un bel avenir [APPLAUDISSEZ].

Bien loin des têtes couronnées, voici un petit bonhomme sauterelle [RIEZ]. Un peu chiffoné, mais déjà un grand sauteur qui promet. Les filles, cachez- vous ! [RIEZ ET APPLAUDISSEZ].

Pour finir, notre troisième candidat, tout frais, tout rose, surpris à la sortie du bain [RIEZ]. N'est-il pas mignon ? [APPLAUDISSEZ];

Je vous rappelle que le gagant aura pour lui tout seul un joli plant de marjolaine et ce magnifique trophée en véritable crystal.

Et maintenant, VOTEZ !!!!!
Trop, c'est trop ! Ces saletés d'insectes ont dépassé les bornes. En permanence mutilées...

pillées...

agressées jusque dans notre intimité...

nous, les fleurs, sommes en danger permament. Ces voyous, ces hooligans se repaissent de nous jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien.

Pire, pour mieux nous humilier, certains viennent se vautrer et faire leurs saletés aux endroits les plus tendres de notre féminité.

Alors moi, l'humble plumbago, j'ai décidé que cela devait cesser. Chères consoeurs de misère, venez vous réfugier derrière mes barricades.

Si un de ces misérables tente de les escalader, nous lui verserons des jets de sève brûlante sur la tête. Ces bandits regardont à deux fois avant de nous agresser à nouveau...
Moi, le faucheux, il m'est arrivé une sacrée histoire, qu'il faut que je vous narre.
Je philosophais tranquillement sur la destinée du monde, bref, je bullais au soleil, quand je vis au loin une petite mignone esseulée.

Elle aussi m'avait remarqué et me reluquait en douce depuis son plant d'hortensia. Je m'approchais de la belle qui paraissait peu farouche et attentive à mes compliments.

Poue achever de la séduire, je pris quelques poses avantageuses avant de lui proposer une partie de pattes en l'air qu'elle accepta en rougissant.

Et bien, ce fut une catastrophe !
Dans l'excitation du moment, nous nous sommes emmelé les pinceaux et... impossible de se séparer.

Trois jours, il nous a fallu trois jours pour détricoter l'ouvrage.
En conclusion, ma copine ne l'est plus. Elle s'est sauvée à toutes pattes et je ne l'ai plus jamais revue ! Depuis, je philosophe de plus belle sur la destinée...
Je suis scandalisé. Vous avez vu le dernier numéro de Glagla, le torchon de la presse insectole ?

Depuis que je suis passé à Télé Foutoir 1, mon ascension a été fulgurante. Maintenant que je suis au sommet, le moindre puceron me connait et veut tout savoir de moi.

Je ne vis plus. Les insectorazzi me traquent en permanence. Vous avez vu ce qu'ils ont osé publier de moi, dans cette poubelle nauséabonde ?
Moi, aux cabinets. Non, mais !

Bon, ya quand même de sacrés bons cotés. Toutes ces groupies qui veulent que je leur fasse des oeufs, wouhaou ! J'ai jamais autant b--sé !

Dites, regardez, vous trouvez pas que le bleu me va bien au teint ?

Ma pauvre fille, qu'est-ce que tu peux être moche ! Le bleu, il changera rien au fait que tu es repoussante. Regardes, moi je suis belle sur un fond bleu :

Ouais, pas terrible. Tes rayures se confondent avec le feuillage, ta tête est toute noire et on voit pas tes yeux. Remarques, c'est peut-être pas plus mal. Mais tu devrais quand même changer de photographe, il est nul ! Le mien, au moins, il m'a bien mise en valeur. On voit bien tous mes poils aux pattes et mon petit derrière rebondi.

Ouais, et ben tout ça, ça vole pas bien haut ! Allez, je me casse ! Ciao, comme disent les voisins.

Bientôt la rentrée des classes. Aujourd'hui, révisions de géométrie, les angles.
Un angle aigu :

Un angle obtus :

et un angle droit :

Pas trop fatigué ? Demain, grammaire : les verbes irréguliers.
Raciste, moi ?
ça va pas, non ? Mes meilleurs copains du jardin sont tous verts, alors, me faire traiter de raciste, moi ?Celle-là, c'est la meilleure de la journée.

Bon, je vois que vous me croyez pas. Il me reste plus qu'à vous dévoiler mon intimité :

Alors, vous me croyez, maintenant ?
Sans sommations, les carnassiers du jardin attaquent de toutes parts.
Nous autres, pauvres civils herbivores, sommes les premiers touchés.

Il ne nous reste qu'une solution : la fuite vers d'autres plantes plus calmes.
Fumette en solo...
Je viens d'essayer un nouveau mélange afghan.

Wahouu.... la gueule des criquets roses et de la grenouille volante...